Il y a quarante ans à peine, quarante ans déjà.
Je me rappelle, avec tendresse parce que c'était au temps de ma jeunesse, cette longue nuit blanche qui a vu le premier "petit pas pour l'Homme" sur la Lune.
Nourri des aventures de Tintin, d'"Objectif Lune" et de "On a maché sur la Lune", c'est avec émotion que j'avais suivi les périgrinations de Neil Armstrong et de Buzz Aldrin, que je m'étais ému du triste sort de Mike Collins, privé de sol lunaire.
Je m'étais creuvé les yeux à essayer de comprendre les images, à peu près illisibles, que nous servait la télévision. L'exploit était là ; je le reconnaissais et je l'admirais.
Je me souviens aussi des sentiments qui m'avaient traversé l'esprit, du moins des plus forts.
Il y avait une sorte de confiance mélée d'espoir. Je me disais qu'en matière technique et technologique, du moins, rien n'était plus impossible à l'homme. A condition, bien sûr, d'y mettre le prix.
Aller travailler sur Mars, passer ses vacances sur Jupiter, prendre sa retraite sur Vénus (pour avoir chaud), pourquoi pas ?
A l'époque, je me disais que la Terre ne connaîtrait jamais la surpopulation. On pourrait si facilement transporter les humains surnuméraires sur une planète exotique !
La pénurie de ressources, énergétiques, minières, voire agricoles, n'était plus imaginable. Ah ! Les puits de pétrole de Saturne, les mines d'or du roi Salomon, sur Neptune, les blés des plaines de Pluton !
Ma cervelle, encore juvénile mais enfiévrée, allait plus loin dans son délire : les hommes, n'étant plus concurrents dans l'exploitation de la bonne vieille Terre, n'auraient plus à se taper régulièrement sur la tête à bras raccourci. La Paix. La Paix ! La Paix éternelle...
Rêves. Rêves de jeunesse. Rêves d'ailleurs...
Le temps a passé. La Guerre froide est oubliée et il n'est plus utile d'émoustiller les populations. La conquête spatiale est coûteuse, très coûteuse, sans doute trop coûteuse. Elle est, c'est le moins que l'on puisse dire, ralentie.
Une certaine raison m'est venue, accompagnée de questions nouvelles sur l'homme et sur son avenir, auxquelles, bien entendu, je ne peux pas répondre.
Je pense, en particulier, à la misère qui touche au moins les deux tiers de l'humanité, à l'horrible faim qui se répand, à la maladie...
Je me demande si les richesses produites sur notre planète, à supposer que des crises successives ne les entament pas verticalement et en faisant l'hypothèse politique qu'elles seraient en partie consacrées à l'indispensable amélioration du sort de nos semblables, seraient encore disponibles pour rêver de voyages lointains.
Et si, finalement, l'homme était définitivement vissé sur sa petite sphère terrestre ?
Françous Ribard.